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L’open sky contesté

En exigeant la révision des accords open sky avec les pays du Golfe, les majors du transport US ont déclenché une véritable bataille du ciel.

Dans un rapport incendiaire, intitulé Restoring Open Skies, Delta Air Lines, American Airlines et United Airlines ont demandé à la Maison Blanche de restreindre les accords open sky avec les pays du Golfe. En cause : la concurrence, jugée déloyale, de Qatar Airways, Etihad et Emirates qui auraient reçu 42,3 milliards de dollars de subventions publiques déguisées, entre 2004 et 2013. C’est grâce à cette manne, souligne le rapport, que ces compagnies contrôlent aujourd’hui 40% du trafic, au départ des États-Unis vers l’Europe du Sud et le Sud-Est asiatique.

Soutien de l’Union européenne

Profitant de cette brèche, la France et l’Allemagne ont saisi l’Union Européenne, pour renégocier les droits de trafic accordés aux pays du Golfe. Cette initiative vise à durcir le règlement de 2004, relatif à la « protection contre les subventions et les pratiques tarifaires déloyales dans le transport aérien ».

Les deux pays plaident aussi pour l’élaboration d’une stratégie open sky commune, qui se substituerait aux accords bilatéraux existants. Soutenue par les Pays-Bas, la Belgique, la Suède et l’Autriche, la demande franco-allemande a été jugée recevable par Violeta Bulc, la commissaire européenne aux Transports, qui souhaite que ces mesures soient étendues à d’autres pays comme la Turquie et la Chine.

Riposte tous azimuts

Dans un même élan, les compagnies du Golfe qualifient ces accusations de « fallacieuses et protectionnistes ». Elles nient avoir reçu des subventions et imputent leur succès à d’autres facteurs : tarifs attractifs, excellence des services, flottes récentes, infrastructures aéroportuaires modernes et situation géographique avantageuse.

Akbar al-Baker, CEO de Qatar Airways, dégaine le premier assurant que les sommes reçues par sa compagnie étaient des participations « légitimes » et non des subventions. Il tacle au passage Richard Anderson (patron de Delta) qui, selon lui, ne ferait pas « la différence entre participation et subvention ». Pour mieux enfoncer le clou, al-Baker a ajouté que Delta faisait voler « des avions pourris, vieux de 35ans », contrairement à Qatar Airways qui dispose d’une « flotte ultra-moderne » et par conséquent « moins polluante ».

Moins virulent, Tim Clark Président d’Emirates, est monté à son tour au créneau. Il a promis de répondre point par point, avec « des documents financièrement et juridiquement validés », au rapport des compagnies américaines contenant « une liste d’allégations basées sur de fausses hypothèses et une logique hasardeuse ».

De son côté, James Hogan CEO d’Etihad, considère les accords open sky comme « un modèle de réussite, qui génère d’énormes avantages pour les voyageurs et pour les compagnies aériennes aux Etats-Unis, aux Emirats arabes unis et dans le monde ». Il affirme qu’Etihad « a toujours été claire sur le fait qu’elle avait bénéficié d’investissements financiers et de prêts d’actionnaires, qui ont été complétés par 10,5 milliards de dollars de prêts de la part d’institutions financières internationales ».

« Notre actionnaire, comme tout actionnaire rationnel dans le monde, a pris cet engagement pour nous car il s’attend à un retour sur investissement, et comme il voit de plus en plus de succès dans notre entreprise, il voit également l’opportunité de rendements encore plus élevés à l’avenir. Le mot-clé est le retour sur investissement » a-t-il ajouté.

Retour de boomerang

Qatar Airways, Emirates et Etihad comptent aujourd’hui parmi les compagnies les plus puissantes dans le monde. Limiter les accords open sky les concernant, ne manquera pas d’impacter le carnet de commandes de Boeing et Airbus. Les conséquences risquent d’être dramatiques pour les deux avionneurs, sachant que les compagnies du Golfe totalisent 600 appareils en commande, contre seulement 420 pour les européennes et les américaines réunies.

Des répercussions sur l’emploi, le tourisme et les services ne sont pas à écarter aux Etats-Unis et en Europe. A elle seule, Emirates injecte 6,8 milliards d’Euros par an dans l’économie européenne et génère quelque 85 000 emplois nouveaux, selon une étude réalisée par le cabinet d’audit Frontier Economics pour le compte de la compagnie. Ces chiffres qui portent sur 28 villes dans 16 pays européens, donnent un aperçu de l’impact socio-économique de la présence des transporteurs du Golfe dans les pays qu’elles desservent.

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